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Terreur

mercredi, janvier 6th, 2010

Depuis que j’ai lu les Cantos d’Hypérion, moi y en a être devenu un grand fan de Dan Simmons. Ce qu’il y a de bien, avec lui, c’est qu’il passe d’un genre à l’autre avec aisance. Si je l’ai abordé pour la SF (Hypérion; Ilium/Olympos), il n’en reste pas moins très bon dans le fantastique (l’échiquier du mal), le polar (teinté de fantastique, quand même), et la nouvelle (il faudra qu’un jour je m’attelle au "Styx coule à l’envers").

 Avec "Terreur", il s’attaque au roman d’aventure historique (avec toujours le côté fantastique qui s’accroche).

Avec "Terreur", il vous met dans l’ambiance.

 

 

Une ambiance glacée et humide du bout du monde. Le bout du monde le plus froid et le plus désolé qui soit: l’archipel arctique canadien, et plus précisément l’île du Roi Guillaume, haut lieu des faits qui se déroulent dans ce roman.

On suit en réalité les déboires (la bérésina!) de l’expédition de la marine royale anglaise, expédition dirigée par Lord Franklin et qui avait pour but de trouver le mythique "passage du nord-ouest" (le nord-ouest de l’atlantique, qui permettrait aux navires de toute sorte de traverser le pôle nord pour gagner le pacifique, et donc de gagner un temps précieux sur leurs trajets), cela au milieu du XIXème siècle.

Dans les faits historiques, cette expédition a été corps et biens perdue. Des explorateurs et des navires de Sa Majesté retrouvèrent ça et là quelques indices du passage des marins (des tombes; des cairns à l’intérieurs desquels étaient glissés des messages; une chaloupe  avec deux squelettes, donc l’un en pièces et portant des traces de dents, et contenant aussi des effets personnels tels des livres, de la vaisselle et des vêtements,…), ainsi que des témoignages de quelques inuits précisant qu’ils avaient vu des hommes blancs.

Nul ne su jamais vraiment ce qu’il était advenu de l’expédition. Plus de 120 hommes répartis sur 2 navires (l’Erebus et le Terror, ce dernier donnant son nom au roman). Disparus.

Et c’est là que l’imagination et la verve de Dan Simmons entrent en scène, en ajoutant à l’histoire une jeune inuit muette, ainsi qu’un monstre qui pourrait ressembler à un ours polaire s’il ne faisait 2 fois sa taille, et qui trouve un malin plaisir à poursuivre, martyriser, et mettre en pièce les marins pris au piège des glaces à quelques encâblures de l’île du Roi Guillaume, les uns après les autres.

Tout d’abord, la description des navires et de la vie des marins à leur bord est surprenant de réalisme et de détails. Simmons s’est extrêmement bien documenté. Ensuite, le froid et la glace forment un personnage de fond, omniprésent, qui agit et qui pèse sur l’environnement, sur les navires, sur les marins, et sur toutes choses. A la lecture de ces longues pages givrées, on se surprend à chercher la chaleur, à faire en sorte d’éviter les engelures, à faire attention aux trous de glace, aux crêtes de compression, aux icebergs tranchants, aux orages de grêle. On sent l’humidité s’emparer de nos vêtements et les geler. Survivre par -50°C, voire -70°C, à l’époque, c’était tout un art, que seuls les eskimos avaient appris. Les marins, bien que solides, n’étaient pas faits pour ça: le froid, les engelures, les pneumonies, le scorbut (après 3 ans coincés dans la banquise!), et les organismes sont soumis à des épreuves telles que la mort semble être le seul salut. Et la vie, comme le cite l’auteur et son personnage principal, en reprenant les mots du "léviathan", est solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève.

solitaire comme la chose des glaces,

misérable comme les marins,

dangereuse comme le froid,

animale comme l’instinct des hommes, lorsqu’il perdent tous leurs repères, meurent de faim, se mutinent, et se tournent vers le meurtre et le cannibalisme,

brève… comme la vie (et comme la langue de Lady Silence).

 

un roman épique, d’une envergure énorme, et dont le souffle empeste la charogne et la mort. une confrontation totale entre la civilisation et la nature, entre la religion et la peur, entre les hommes et les monstres (de toutes natures) !