science-bricolage

il y avait une époque ou le bricolage pour moi-même et pour mon logement relevait de la pure science-fiction. parce que je n’étais pas vraiment fixé, d’une part (oui, il y a un jeu de mots), parce que j’avais la flemme, d’autre part, et parce que j’étais pas vraiment bricoleur, encore d’autre part.

c’est chose faite…

ah, le plaisir d’aller se ruiner en matériel chez leroymerlin (tout pour réussir) tout ça pour enlever 1/2 centimètre de planche et fixer une table de cuisson !

bon alors je vous passerai les détails sur mon bricolage proprement dit (enfin, proprement… c’est un grand mot!). juste que ça c’est très bien passé, et que la table de cuisson est prête et fonctionnelle (bon, j’ai pas encore allumé le gaz, donc si vous n’avez pas de nouvelles les mois prochains c’est que finalement ça n’était pas si bien installé que ça…).

non, en fait, je vais juste vous dire que j’ai foutu en l’air la nuit d’un petit garçon.

j’étais en train de visser les bouts de ferraille censés maintenir la plaque de cuisson, assis par terre, sous le plan de travail, et m’escrimait à faire entrer des vis de 2 ou 3cm dans du bois (mais pas des vis à bois, évidemment). je n’avais pas de visseuse, juste un bon vieux tournevis (enfin, pas vieux, neuf, mais bon vous avez compris). je venais de finir de visser la deuxième plaquette (il y en avait 4 en tout), en faisant vibrer tout le mur parce que ça rentrait pas facilement. et ça couinait horriblement. vous savez quand on rentre une vis dans du bois, ça grince, on dirait qu’il y a une grand-mère qui sort de son cercueil.

 et là, j’entends de l’autre côté du mur un garçonnet (je dirai 5 ans, environ) en train de pleurer et hurler de peur: "naaaaaaaaaaaah! mamaaaaaaaan! j’ai peuuuuuuuuuur!". bon, dis comme ç, ça va vous faire sourire, mais sur le coup, ce cri déchirant m’a rappelé mes propres angoisses d’enfant quand j’entendais les rats ou les hibous dans le grenier, pensant qu’il y avait des monstres affamés de chair fraiche prêts à s’empriffrer de ma personne dès que j’aurai les yeux fermés.

j’entendais ses parents tenter de le réconforter comme ils pouvaient, limite à s’engueuler, et ils ont commencé à gratter et tapoter au mur, s’imaginant (ils ont été gosses aussi) qu’il y avait un gros rat derrière le mur.

le gros rat a été tenté de leur répondre en grattant et tapotant au mur aussi, mais je me suis rappelé que si un jour je m’étais mis à écrire des histoires (j’ai commencé par l’horreur et l’épouvante, avant de passer au fantastique et à la SF) c’était parce que j’avais voulu essayer de raconter mes propres frayeurs de petit gamin (une sorte de psychothérapie personnelle, en somme). et j’imagine que si Bradbury a écrit "la trappe" (la meilleure nouvelle d’épouvante à ce jour), c’est parce que ses parents n’avaient pas réussi à lui faire croire que c’était juste un très gros rat qui courait au grenier…

alors j’ai continué à visser mes deux bouts de ferraille restant, faisant grincer de plus belle le plan de travail et faisant vibrer encore plus le mur. et j’étais fier de moi.

pas parce que j’avais enfin fait du bricolage pour moi et moi seul (et réussi, en plus!), mais parce que j’avais peut-être contribué à susciter une vocation d’écrivain chez un petit garçon mort de trouille. le futur Stephen King dort peut-être à côté de chez moi!

 

 et si vous avez envie de lire "la trappe" (et accessoirement du bradbury, et du meilleur!), c’est dans le recueil "à l’ouest d’octobre":

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