l’enfer

détrompez-vous, vous qui avez vécu un été pourri. l'enfer existe bien cet été, à nos portes, en Grèce et en Italie.

un été particulièrement chaud et sec, avec des pointes records en juillet, et un mois d'août qui n'est pas en reste.

malheureusement, le climat méditerranéen, dans ses extrêmes, favorise un fléau qui demande du combustible, de la chaleur, et du vent. l'Homme faisant le reste. 

 

les incendies qui touchent actuellement l'Italie, mais surtout la Grèce, sont d'une ampleur exceptionnelle, au point que les grecs ont déclaré l'état d'urgence. la france, mais aussi d'autres pays européens, leurs ont dépêché du matériel et des hommes pour lutter.

mais lutter comment?

que peuvent les hommes contre l'enfer?

déjà 51 morts en Grèce (près d'Athène et dans le péloponèse). des familles entières ont été décimées, femmes, enfants. des groupes de touristes également ont été pris au piège des flammes.

8 victimes en Italie (la Sicile et la Calabre étant touchés).

 

des foyers d'incendies tellement nombreux que l'on ne peut s'empêcher de penser à la piste criminelle. des personnes ont été arrêtées au cours des enquêtes.  des foyers qui démarrent également la nuit.

pour avoir travaillé (et y travailler encore prochainement) dans le domaine de la lutte contre les incendies, je sais que le fait de mettre des incendiaires potentiels sous les verrous n'empêchera pas les départs de feu de reprendre.

pourquoi? parce que la plupart des incendies là-bas, comme ici, et comme souvent en méditerranée, ne sont pas des mises à feu volontaires, mais bel et bien des accidents ou des cas d'inconscience. statistiquement, la majorité des feux sont dûs à des accidents lors de travaux forestiers ou agricoles. les cas d'inconscience sont encore plus nombreux, du particulier qui écobue dans son jardin alors que la végétation est archisèche, à celui qui fait son barbecue un jour de vent, en passant par les gosses qui jouent avec des allumettes ou des briquets pour voir passer les avions et les hélicoptères et les soldats du feu, en passant par les câbles électriques qui se touchent les jours de vent, en passant aussi et surtout par ceux, innombrables, qui jettent leurs mégôts de cigarette encore allumé dans la nature, par la fenêtre de leur véhicule.

non seulement il y a énormément de gens assez cons pour faire cela (jeter son mégôt allumé au bord de la route), mais contrairement à ce que certains voudraient faire croire, un megôt peu allumer un incendie aussi sûrement que l'aurait fait un pyromane averti.

 

et c'est sans parler des sautes de feu, provoquées par le vent violent à partir d'un incendie déjà en cours.

je lis ici ou là dans les récentes dépêches, que la plupart des incendies en grèce prennent la nuit. on réfléchit une seconde pour se rendre compte qu'en faisant cela, l'incendiaire potentiel se mettrait lui-même en danger. et en réfléchissant un peu plus, on se rend compte qu'il n'y a besoin de personne pour allumer ces feux: les incendies qui sont en cours sont tellement violents, et le feu également, qu'à la faveur de la nuit et d'un rafraîchissement de l'air en altitude, les scories et autres brandons enflammés s'élèvent beaucoup plus haut qu'en journée, portés par la chaleur du foyer et le vent. ils peuvent parcourir ainsi des kilomètres.

pour exemple, en 2003, au portugal, une saute de feu avait ainsi parcouru… 14km.

j'ai eu un témoignage, en corse, et toujours en 2003 (lors des incendies ravageurs de fin août et début septembre, et tous dûs… à la foudre), d'une vieille machine à laver, stockée au fond d'un jardin en attente d'aller en déchèterie,  qui a fait un bond de 50 mètres à cause d'une accumulation de gaz en aval du feu. la machine s'est retrouvée chez les voisins.

lors des incendies les plus violents qui existent, généralement dans les forêts nord-américaines, ou en australie, ce sont parfois des arbres entiers qui sont soulevés par la puissance de la colonne de convection, pour être propulsés plus loin.

et il suffit de savoir qu'un front de flammes de 500m émet autant d'énergie qu'une centrale nucléaire classique pour se dire que ça n'est pas impossible.

 

bref, je tergiverse, mais en ce moment même des villages entiers vivent en enfer. pour deux raisons:

1. à cause de l'Homme (à l'origine volontaire ou involontaire des incendies, si l'on exclu la foudre),

2. à cause du climat, climat que l'Homme est également en train de changer.

on ne peut donc que se dire, malheureusement, que des épisodes comme ceux-ci ne pourront que se reproduire, toujours plus nombreux et destructeurs, à l'avenir.

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